Confinement et usage de Facebook : représentations et formes de télécollaboration chez des étudiants de FLE en Algérie

Retour d’expérience

Lockdown and Facebook usage: representations and forms of telecollaboration among French as a foreign language students in Algeria

BENABBES Souad (Département de français – Université Larbi Ben M’hidi – Oum El Bouaghi, Algérie – Maitre de conférences)


Résumé

Cette étude s’inscrit dans la lignée des travaux appréhendant la question de l’usage de Facebook à des fins pédagogiques et traite de l’enseignement du FLE à l’université algérienne. Nous nous intéressons, dans un premier temps, aux perceptions que les étudiants de département du français de l’université Larbi Ben M’hidi ont de cet espace numérique ainsi qu’à l’effet de ce dernier sur l’amélioration de leurs pratiques langagières en langue française. Dans un second temps, nous analyserons un corpus de publications postées visant la télécollaboration dans un groupe Facebook dédié à ce département. Il ressort de l’analyse des résultats que les apprenants attribuent à Facebook des avantages tels que l’accessibilité, la rapidité et la facilité de communication. En revanche, ils soulignent des inconvénients liés au manque de confidentialité. L’examen du corpus montre que la plupart des publications ont un caractère informatif ou pédagogique à travers lesquelles les participants interviennent la plupart du temps en français.

Mots clés : Facebook, télécollaboration, perceptions, pratique, université, FLE

Abstract

This study contributes to research on the use of Facebook for educational purposes for teaching French as a foreign language at an Algerian university. First, we are interested in the perceptions that students of the French department of Larbi Ben M’hidi University have of this digital space as well as the effect of the latter on the improvement of their usage of the French language. In a second step, we will analyze the various posts on a Facebook group dedicated to this department. Analysis of the results shows that learners find Facebook advantageous in terms of accessibility, speed, and ease of communication. On the other hand, they highlight the related drawbacks and the lack of confidentiality. Examination of the corpus shows that most of the posts are of an informative or educational nature, through which the participants speak most of the time in French.

Keywords : Facebook, telecollaboration, perceptions, practices, university, FLE


Introduction

La pandémie de coronavirus a contraint le ministère de l’enseignement supérieur algérien à développer des plateformes numériques de télé-enseignement pour assurer des cours à distance. Malgré les nombreux efforts déployés en vue de numériser les contenus dispensés, l’université algérienne peine encore à offrir à ses étudiants de réelles plateformes virtuelles rassemblant l’ensemble des informations et connaissances qui répondent à leurs attentes et favorisent la télécollaboration universitaire. Le fonctionnement de ces plateformes pédagogiques numériques correspond principalement aux attentes institutionnelles et enseignantes. Elles offrent un suivi et un contrôle absolus à l’enseignant et se révèlent immuables pour les étudiants. Ces espaces ne permettent à ces derniers que peu d’interactions avec les contenus diffusés. Cela les oblige à créer leurs propres groupes fermés ou ouverts via les réseaux sociaux afin de bâtir une véritable communauté numérique permettant l’atteinte d’objectifs pédagogiques particuliers dans le cadre de leur formation. Créé par M. Zuckerberg en 2004, Facebook est actuellement l’un des plus populaires des réseaux sociaux utilisés par les jeunes. Il constitue un espace important d’interactions en ligne et figure au premier rang des réseaux sociaux les plus populaires et les plus utilisés par les jeunes (Beauné, 2012). Diakhaté et Akam (2015) précisent que ce Facebook favorise la communication entre ses abonnés et permet le partage de différents types de contenus en les rendant accessibles simultanément à des millions de personnes.

Grâce à Facebook et aux nombreux outils et applications de communication qu’il renferme, les étudiants d’aujourd’hui développent leurs compétences communicatives et peuvent donc s’ouvrir aux savoirs et au partage de l’information (Kucuk et Sahin, 2013). La présente recherche a pour objectif de s’interroger d’une part sur les différents usages académiques et communicationnels de Facebook et sur leur impact quant à la promotion de la télécollaboration entre des étudiants universitaires spécialisés en FLE et de lever le voile sur les pratiques langagières de ces étudiants telles qu’elles sont exposées sur un groupe Facebook :

Une télécollaboration se définit par plusieurs aspects : elle met des apprenants de différentes institutions, géographiquement éloignés, dans une situation de communication (pouvant prendre la forme d’une collaboration), qui passe par l’utilisation d’outils de communication numériques. La visée est l’apprentissage langagier et/ou interculturel. »

(Bouyssi, 2009, p.69).

Notre étude tend donc à répondre aux questions suivantes : quelles sont les représentations que les étudiants observés se font de l’usage académique du Facebook ? Dans quelles langues, les futurs formateurs du FLE interagissent en groupes virtuels ? Quelles sont les activités produites par les étudiants à travers les groupes Facebook dans le cadre de leur formation ? Dans quelle mesure ce réseau constitue-t-il un potentiel pour l’apprentissage des langues ?

Notre contribution est structurée en trois grandes parties, à savoir premièrement le cadre théorique et conceptuel mettant en exergue les usages académiques de Facebook en contexte universitaire ainsi que ses apports à l’apprentissage. En second lieu, nous présenterons la démarche méthodologique mise en œuvre. La dernière partie porte sur l’analyse du corpus des données collectées suivie de conclusions et de quelques perspectives.

I. Cadre théorique et conceptuel

1. Usage de Facebook à l’université

L’Algérie peine, à l’instar de plusieurs pays moins avancés sur le plan des NTIC et du débit de connexion, à poursuivre les enseignements et à assurer des cours à distance en cette période de confinement engendrée par la propagation de la pandémie de coronavirus. C’est pourquoi, l’usage de plateformes alternatives aux plateformes institutionnelles a repris une actualité nouvelle : plusieurs départements ont connu la création de nombreuses pages Facebook dédiés à la diffusion des cours et des travaux dirigés. Un nombre appréciable d’étudiants s’y inscrit, communique et échange des connaissances et des informations entre pairs. Selon plusieurs auteurs, Facebook favorise le développement des «cultures participatives» et des «cultures contributives» (Millerand, Proulx et Rueff, 2010). Toutefois, certains enseignants ont eu quelque part des réserves vis-à-vis de l’usage des réseaux sociaux car cela pourrait créer des confusions entre les relations sociales et celles à caractère académique (Schwartz, 2009). D’autres voient que Facebook fait partie intégrante de la vie personnelle des étudiants et des enseignants et intervenir dans cet espace personnel comporte quelque part des risques. Enfin, Facebook apparait souvent comme un objet ludique, et qui devrait rester comme tel.

2. Facebook : espace de télécollaborations et de communications

Avec l’avènement du Web 2.0, plusieurs réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram ont été créés. Ces derniers sont devenus hautement accessibles et proposent à leurs abonnés divers moyens d’interactions sociales permettant de créer, de mettre en ligne, d’indexer des contenus et de partager des informations. Les étudiants ont été parmi les premiers utilisateurs de ce genre de sites dont le recours n’a cessé d’évoluer, ouvrant d’autres possibilités d’usages, tel celui de l’apprentissage.

Intégrer Facebook pour promouvoir la télécollaboration et l’interaction consiste en la création d’un espace pour la classe sur le réseau. Cet espace numérique virtuel a pour objectif de renforcer la relation pédagogique entre l’enseignant et ses étudiants en présentiel. Facebook peut donc être utilisé en complément des plateformes institutionnelles (Moodle, MOOCs, SPOCs, etc.) comme lieu d’apprentissage télécollaboratif où les étudiants bâtissent une véritable communauté d’apprentissage permettant l’atteinte d’objectifs pédagogiques (Lampe et al., 2008). 

Plusieurs recherches ont été menées en rapport avec cette question de l’efficacité des réseaux sociaux notamment Facebook en contexte éducatif ou universitaire Ainsi, lors d’une étude présentée par Blattner et Lomicka (2012), ce réseau social était utilisé pour animer un projet de télécollaboration entre des Américains apprenant le français et des Français qui apprennent l’anglais. Il ressort de l’analyse des résultats que les participants ont reconnu avoir apprécié l’usage de Facebook comme moyen efficace permettant d’échanger plus facilement avec autrui et sans contraintes surmontant ainsi les situations de blocage en classe. De leur côté, Mazer, Murphy et Simonds, (2007) ont démontré que le dévoilement de soi de la part de l’enseignant sur Facebook a un effet positif sur la motivation des apprenants et leur apprentissage en classe. Outre la motivation, l’amélioration des compétences scripturales et sociopragmatiques a été également abordé (Blattner et Fiori, 2009 ; Kabilan, Ahmad, et Abidin, 2010).

II. Démarche méthodologique

Pour répondre aux questions de la recherche, nous nous sommes appuyée en premier lieu sur les résultats d’une enquête par questionnaire mise en ligne auprès de 68 étudiants inscrits au département de français de l’université Larbi Ben M’hidi-Oum El Bouaghi (Algérie). En second lieu, nous analyserons les différents usages de Facebook dans le groupe « Département de Français toutes les promotions » de la même université. Le groupe a été lancé en 2017 et il compte actuellement 7804 membres. Les personnes inscrites sont des étudiants de différentes promotions du département de français de l’université d’Oum El Bouaghi et d’autres universités algériennes. Elles s’y sont inscrites pour différents objectifs : apprendre à communiquer en français, échanger les cours et toutes les actualités liées à leur département.

III. État d’avancement du projet et résultats éventuels

1. Analyse du questionnaire

Le questionnaire que nous avons conçu comportait deux volets. Le premier regroupant les données permettant de caractériser la population en termes de genre et de niveau de maîtrise des langues et d’outils numériques. Le second volet traitait de leur usage de Facebook et de leurs représentations vis-à-vis de lui comme espace alternatif aux plateformes institutionnelles et comme environnement propice à l’amélioration de leurs compétences langagières en langue française.

1.1. Profil de l’échantillon observé

Age Sexe
Femme Homme
19 à 21 ans127
21 à 23 ans182
23 à 25 ans175
Plus de 25 ans61
Total 53 (78%) 15 (22%)
Tableau 1 : Age et sexe

Selon les données présentées dans le tableau ci-dessus, la population étudiée est constituée d’une majorité de femmes (78 %). 15 étudiants sont de sexe masculin. 12 des étudiantes ont entre 19-21 ans contre 6 seulement qui ont plus de 25 ans. La moyenne d’âge est de 22 ans (le plus âgé a 31 ans et le plus jeune, 18).

Niveau N ° F Spécialité
Didactique Littérature
1ère année Licence0811.76%
2ème année Licence2333.82%
3ème année Licence1623.52%
1ère année Master1116.17%7 (10.29%)4 (5.88%)
2ème année Master1014.70%5 (7.35%)3 (4.41%)
Tableau 2 : Niveau et spécialité

Il ressort des données présentées dans le tableau ci-dessus que les étudiants enquêtés sont majoritairement inscrits en 2ème et en 3ème année licence, suivis par les étudiants de la 1ère année master (16.17%) et de la 2ème année Master (14.70%) et enfin ceux de la 1ère année licence (11.76%).

1.2. Possession de comptes sur les réseaux sociaux et fréquence de connexion

Avec la question « Avez-vous un (ou plusieurs) comptes sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Twitter, etc.) ? », nous voulions vérifier si les étudiants ont une culture numérique et s’attachent à la possession de plusieurs comptes ou pas. Les réponses obtenues montrent que la majorité d’entre eux (52%) en a déjà plusieurs. Seulement 38% des étudiants disent qu’ils ont juste un compte Facebook, tandis que 10 % reconnaissent qu’ils n’ont pas du tout de compte. En ce qui concerne le temps moyen de connexion à ces réseaux sociaux numériques, la majorité des étudiants enquêtés (58%) répond que c’est entre 3 et 5 heures par jour. 28% des étudiants interrogés se connectent près de 2 heures par jour, alors que 24 % disent qu’ils surfent à ces réseaux plus de 5 heures.

La question n° 5 vise à savoir si les étudiants se connectent à la plateforme Moodle de l’université, depuis le confinement. Ainsi, 19 étudiants répondent qu’ils ne s’y sont jamais connectés pour différentes raisons : problème de connexion ou de compte d’accès. 31 étudiants déclarent qu’ils accèdent souvent à la plateforme E-learning de l’université pour pouvoir télécharger les cours et participer aux travaux et forums de discussion. 8 étudiants avancent qu’ils se connectent parfois à la plateforme Moodle quand l’occasion se présente car ils n’ont pas une connexion de débit fort.

1.3. Contact virtuel à des fins pédagogiques

Pour voir si les étudiants maintiennent le contact avec leurs camarades ou leurs enseignants en période de confinement, nous leur avons posé la question suivante : « En cette période de confinement, quels outils technologiques utilisez-vous pour communiquer à distance avec vos camarades/enseignants dans le cadre de vos cours ? »

Outils de communication Enseignants Camarades
Courrier électronique 1 3
Facebook/Messenger 3 1
Skype 5 5
Plateforme Moodle de l’université 2 2
Zoom 4 4
Aucun 6 6
Tableau 3 : Usage des outils de communications entre pairs et enseignants

L’examen des données présentées dans le tableau ci-dessus dévoile l’usage différent des moyens de communication avec les enseignants et les étudiants. Ainsi, Facebook est le premier moyen de contact entre les étudiants, suivi par la plateforme Moodle et le courrier électronique. Quant aux interactions enseignants-étudiants, Facebook vient en 3ème position qui est utilisé en tant que plateforme d’échanges et de communication en complément de la plateforme institutionnelle Moodle après le courrier électronique. Les usages généraux de Facebook, utilisés quotidiennement par les étudiants, deviennent des usages pédagogiques déployés dans le cadre de leurs études universitaires afin de diffuser et de partager des contenus, d’organiser un travail de groupes, etc.

1.4. Représentation de l’apprentissage via Facebook

Par le biais de la question ouverte « Quelles sont les représentations que vous faites-vous de l’apprentissage au moyen de Facebook ? », nous voulions recueillir les différentes perceptions des étudiants quant à l’usage de Facebook à des fins académiques. Ainsi, il découle des réponses que la plupart des étudiants de la population observée a des perceptions positives de ce réseau social. Plusieurs adjectifs et expressions ont été évoqués tels que « partage de cours et TD, soutien, utile, efficace, rapide ». Une des étudiants a dit : « Mes amis (mes camarades de classe) m’envoient toujours les cours et surtout les TD. Celle qui a un contact avec nos profs, nous aide à bien comprendre les travaux demandés ». Les étudiants perçoivent Facebook comme un moyen de pratiquer la langue française hors des heures de classe et surtout de réinvestir ce qu’ils apprennent. 16% des étudiants le trouvent moins sécurisé et préfèrent les contacts via la plateforme de l’université.

1.5. Langues de communication utilisées via Facebook

Questionnées sur les langues dans lesquelles les étudiants interrogés interviennent dans le cadre de leurs études via Facebook, nous avons constaté que l’arabe dialectal mélangé du français est la premier moyen linguistique via lequel les étudiants se communiquent, échangent et commentent les publications postées par les membres du groupe. Vient ensuite, le français, suivi par l’arabe académique et enfin l’anglais. Les réponses obtenues à cette question dévoilent la préférence des étudiants de leur langue maternelle pour communiquer avec leurs pairs compte tenu de sa maitrise et de la sécurité linguistique qu’elle leur offre. Une des étudiantes explique : « J’écris souvent en arable dialectal par peur de commettre des erreurs et en plus quand on fait des erreurs, on reçoit beaucoup de critiques et de messages agressif de la part des autres membres ». Faire l’objet de critiques virulentes déstabilise les étudiants qui préférèrent utiliser conjointement l’arabe et le français pour bien agir et faire se comprendre.

1.6. Activités pédagogiques réalisées via Facebook

La question n°15 vise à recenser les différentes activités que les étudiants réalisent à travers le réseau social Facebook dans le cadre de leurs études. La plupart des étudiants interrogés citent le partage des informations concernant les différents cours, la rediffusion des affichages de département et les questions corrélatives à la réalisation des travaux et des exposés. Les étudiants reconnaissent que grâce à Facebook, ils ont pu former une communauté de pratique puisqu’elle est constituée d’un groupe d’individus qui interagissent, construisent des relations et développent progressivement un sentiment d’appartenance et un engagement mutuel.

1.7. Usage de Facebook et amélioration des compétences langagières en FLE

D’une manière générale, la plupart des étudiants considèrent que l’usage de Facebook a pu contribuer à l’amélioration de leurs compétences communicatives en français. 56 % des étudiants interrogés voient que Facebook leur a favorisé d’échanger des informations avec leurs pairs sans se soucier des erreurs de langue. Les interactions médiatisées par Facebook permettent aux apprenants de maintenir le contact direct avec des pairs qui ont un excellent niveau en français. Certaines applications disponibles sur le réseau, tels des quiz, leur permettent de travailler leur compréhension, de suivre l’activité globale de leur réseau, de rédiger des commentaires, d’en lire et par là, de découvrir de nouveaux mots ou tournures de phrases.

Selon les répondants, grâce à Facebook, leur écrit s’est manifestement amélioré car ils se sont montrés soucieux de leur niveau de langue quand ils publient ou commentent une contribution. Ils vérifient souvent dans le dictionnaire ou sur le net avant de poster leurs messages. À ce propos, une étudiante écrit : « Sur Facebook, je contrôle souvent ma langue, étant une étudiante en master 1, je dois donner une belle image sur moi et sur mon niveau ».

Figure n°1 : Capture d’écran du groupe FB observé

2. Analyse des interactions des étudiants via Facebook

Cette deuxième partie présente la dynamique des interactions au sein du groupe « Département de français toutes les promotions ». Le groupe en question a été créé le 11/08/2017 par une étudiante du département de français de l’université Larbi Ben M’hidi. Il présente un lieu virtuel d’échanges entre l’ensemble « étudiants-enseignants-administration » lors des dernières trois années et à l’heure actuelle, le groupe continue à garantir les liens entre ses membres et leur permet d’être au courant des nouvelles informations et de s’entraider respectueusement. Les publications et les interactions dans le groupe sont soumises à des conditions et doivent respecter les règlements et la charte établie par les administrateurs. En cas d’infraction ; l’interaction signalée, soit une publication, soit un commentaire sera supprimée par l’administrateur et le membre publiant recevra une alerte et sera bloqué selon l’infraction commise.

2.1. Types et nombre de contributions au sein du groupe

Notre corpus se constitue d’à peu près trois mois d’échanges depuis le 15 avril jusqu’au 13 juin 2020. Il est constitué de 120 messages publiés venant de 58 participants actifs. Nous constatons que le nombre de contributions au sein du groupe atteint son maximum pendant la période allant du 15 avril 2020 au 1er mai 2020. Selon les témoignages des étudiants lors du confinement, cette interactivité importante s’explique par le fait que les participants avaient besoin de télécollaborer via Facebook pour partager les cours diffusés sur Moodle et participer aux activités proposées par les enseignants. Voici un aperçu général du corpus :

Type de contributionNombre
Publication57
Questions22
Vidéos9
Images7
Fichiers25
Total120
Tableau 4 : Type et nombre de contributions

2.2. Types de discours présents dans le groupe Facebook

Les données présentées dans le tableau ci-dessus montrent que les types informatif et didactique sont les plus présents au sein du groupe. Les publications sous forme de questions ou de sondage viennent en 2ème position, suivies de celles à caractère culturel. Quant à l’humour, lui aussi occupe une place non négligeable, puisqu’il représente 22% de la totalité des interactions. Enfin les messages publicitaires via lesquels certains organismes ou associations saisissent de l’occasion pour attirer les étudiants vers leurs services. Ces résultats dévoilent que les pratiques des étudiants sur Facebook ne sont pas directement liées à l’apprentissage comme l’ont montré plusieurs recherches selon lesquelles les étudiants perçoivent Facebook comme un outil peu sérieux et que le divertissement constitue un des motifs de l’utilisation du réseau social (Hew, 2011 ; Sheldon, 2008 ; Selwyn, 2009).

Type de discoursNombrePourcentage
Informatif3932.50%
Didactique2823.33%
Questions/Sondage2520.83
Culturel1310.83
Humoristique97.50%
Publicitaire65.00%
Total120100%
Tableau 5 : Types de discours présents dans le groupe FB
Figure n°2 : Exemples de cours échangés dans le groupe FB observé

En raison de confinement, le réseau Facebook a permis aux étudiants de partager toute la documentation qui leur a été inaccessible via d’autres canaux et de créer de petites communautés afin de partager les cours et les expliquer via Messenger.

Figure n°3 : Notes affichées via le groupe FB observé

Ici, l’étudiante partage à travers cette publication une note adressée aux étudiants de master 2 relative au report de la date limite de dépôt des mémoires de master. 35 commentaires ont été enregistrés encourageant les candidats qui vont soutenir dans ces conditions particulières liées à la propagation du Covid 19. D’autres se sont reportées aux questions liées aux modalités de soutenances comme le questionne l’auteur Ka Ya : « ça sera fermé, n’est-ce pas ? »

D’autres membres partagent avec le groupe des contenus culturels qui varient entre poésie, extraits de romans, comme le fait souvent Wahid Ziadi à travers ses productions :

Figure n°4 : Productions culturelles postées dans le groupe FB observé

Certains étudiants ont saisi l’occasion pour lancer via le groupe des sondages ciblant la situation embarrassante dans laquelle ils se sont trouvés après le confinement et l’impossibilité de la mise en place de la partie pratique de leurs mémoires de master. Nous pouvons lire en français et en arabe dialectal « Les étudiants du M2 Didactique et Littérature, répondez à ce sondage svp et dites si vous êtes en contact avec vos encadrants et qu’est-ce qu’ils vous ont déjà dit ».

Figure n° 5 : Infos pratiques dans le groupe FB observé

2.3. Langues de publications et commentaires postés dans le groupe

Pour vérifier les réponses des étudiants portant sur les langues utilisées via le Facebook, nous avons analysé quelques publications et commentaires postés dans le groupe pour classer les différentes langues que les apprenants utilisent dans leurs échanges. Concernant les publications, il ressort des résultats obtenus que la langue française est la langue dominante dans le groupe puisqu’elle représente 68 % de la totalité des échanges. Les membres ont eu recours parfois à leur langue maternelle (22%) ou à l’alternance des deux langues (10%) dans le même message. Les participants font des efforts et éprouvent une volonté pour communiquer en français. Ce résultat vient confirmer l’objectif du groupe qui est la pratique de la langue française. L’usage de la langue arabe n’est pas surprenant dans la mesure où les apprenants d’une langue étrangère compensent souvent le manque de savoirs linguistiques par le recours à une langue qu’ils maîtrisent plus.

Figure n° 6 : Langues utilisées dans le groupe FB observé

Quant aux commentaires ou réactions des membres vis-à-vis des publications de la communauté virtuelle, il apparait que la langue arabe alternée au français est la langue la plus utilisée (70%), suivie par le français (26%) et enfin l’anglais (4%). Les étudiants reconnaissent lors de l’enquête par questionnaire que nous avons menée qu’ils préfèrent échanger en français pour s’offrir les occasions de corrections et vérifications.

Conclusion et perspectives

La fermeture des établissements universitaires engendrée par la propagation du coronavirus a donné un effet d’accélérateur à l’usage du numérique dans le processus d’enseignement et d’apprentissage en Algérie. Non préparés à cette crise, les étudiants et les enseignants algériens ont trouvé en Facebook l’espace de communication et de continuité pédagogique.

L’objectif de cette contribution était de décrire et d’analyser les représentations et les pratiques discursives des étudiants algériens inscrits dans un groupe FB dédié au département de français de l’université Larbi Ben M’hidi. L’analyse des questionnaires a révélé une importante familiarité des étudiants vis-à-vis de Facebook, confirmant les résultats des recherches antérieures. Les étudiants observés se montrent favorables à l’idée d’utiliser Facebook à des fins pédagogiques comme espace alternatif aux plateformes institutionnelles. La plupart d’entre eux reconnaissent que grâce à ce réseau social, une amélioration de leur niveau et de leur attention portée à la correction de la langue a été enregistrée. L’analyse des publications et des commentaires postées dans le groupe a montré un taux appréciable de l’usage de la langue française et de la promotion de la télécollaboration entre les étudiants.

Références bibliographiques

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